Comparative Politics



B05(a) - La politique institutionnelle et la politique contestataire : séparées à la naissance?

Date: May 30 | Time: 03:15pm to 04:45pm | Location:

Penser les rapports partis-mouvements à l’aune de la configuration du pouvoir social des régimes démocratique en société capitaliste: Xavier Lafrance (Université du Québec à Montréal)
Abstract: Bien que certains auteurs aient souligné la complémentarité entre mouvements sociaux et partis politiques (McAdam 2003), plusieurs politologues semblent accepter qu’ils appartiennent à des sphères séparées, soumises à des logiques distinctes et souvent opposées. Cette perception semble être partagée par plusieurs acteurs sociopolitiques. Face à cela, des chercheurs ont lancé un appel à une analyse plus poussée des liens (« linkages ») entre la politique électorale et la politique mouvementiste (McAdam et Tarrow, 2010). Cette communication prendra pour appui une revue de la littérature sur les rapports entre mouvements et partis pour identifier les ponts qui relient, mais aussi les fossés qui séparent, ces modes d’engagement politique. Notre hypothèse centrale est que l’analyse de ces rapports sera davantage féconde si elle tient compte de l’économie politique qui est propre au capitalisme. La configuration du pouvoir politique social (tout particulièrement sa différentiation en sphères « politique » et « économique ») et le fonctionnement des régimes de démocratie libérale en société capitaliste impliquent une tendance à scinder la politique électorale/partisane et la politique extra-parlementaire. Nous présenterons ici le cadre théorique qui guide une étude, financée par le CRSH, qui porte sur les facteurs qui facilitent et qui nuisent à la combinaison des modes d’engagements partisans et mouvementistes par des nouveaux partis politiques de gauche au sein de quatre territoires distincts : Syriza (Grèce), l’Alliance rouge et verte (ARV, Danemark), le Mouvement vers le socialisme (MAS, Bolivie), et le Parti socialisme et liberté (PSOL, Brésil).


Approche comparative pour saisir le paradoxe des soulèvements de 2019 au Chili et en Équateur: Thomas Chiasson-Lebel (Université de l’Ontario français)
Abstract: En 2019, des soulèvements simultanés ont secoué l’Équateur et le Chili et reçu une réponse d’une rare violence de la part de l’État. Alors que le rejet de la proposition de constitution au Chili en septembre 2022 retient l’attention, il est important de s’intéresser au mouvement qui a mené à la convocation d’une assemblée constituante, et aux caractéristiques de ce dernier qui contribuent à expliquer un tel résultat. Une approche comparative avec les manifestations en Équateur révèle un paradoxe : alors que ce genre de soulèvement a historiquement produit des changements institutionnels importants en Équateur et peu d’effets institutionnels au Chili, ce fut le contraire en 2019. Cet article présente les résultats d’une recherche multinationale financée par la CLACSO. La méthodologie mixte a permis de récolter des données quantitatives (analyse de Twitter) et qualitatives (entrevues et revues de presse) entre juillet 2021 et avril 2022 dans les deux pays. Il propose une lecture de la relation entre deux dimensions des mouvements. D’une part, il explore la représentation : la démocratie des organisations qui autorise à agir légitimement comme porte-parole de la rue. D’autre part, il s’intéresse à la capitalisation : la capacité d’influencer la structure institutionnelle et politique, soit par l’élection de représentant.e.s dans les institutions de l’État ou l’obtention de réformes institutionnelles. L’article conclut que le paradoxe s’explique par l’existence, dans le cas de l’Équateur, d’une hégémonie contre-hégémonique: une organisation capable d’unir la capacité de représentation et de capitalisation, alors que ce ne fut pas le cas au Chili.


La stratégie du parti-mouvement de Québec solidaire: avancées et limites d’un modèle politique pour radicaliser les luttes sociales: Christian Pépin (York University), Audrey Laurin-Lamothe (York University)
Abstract: Cet article analyse le modèle de parti-mouvement développé par Québec solidaire. Inspiré par le populisme de gauche et le « big organizing » (tel quel développé par les campagnes de Bernie Sanders), ce modèle de « parti-mouvement » vise à développer QS comme acteur indépendant au sein de la politique extra-parlementaire. Basée sur 23 entrevues semi-dirigées avec des représentants et membres influents du parti, notre recherche démontre que cette stratégie a été développé afin d’atteindre 4 objectifs : 1 ) gagner des réformes entre les élections; 2) agir comme force de radicalisation politique des mouvements sociaux au Québec; 3) créer une crise de légitimité politique afin de positionner QS comme alternative électorale; 4) développer une aile extra-parlementaire capable de soutenir et d’exercer une pression sur un gouvernement de QS à travers la mobilisation de masse. Nous analysons les justifications et pratiques associées à cette stratégie à la lueur des résultats des élections provinciales de 2022 et à la lueur des défis qu’un gouvernement QS aurait à faire face une fois au pouvoir. Mettre sur pied des campagnes politiques visant à gagner des réformes entre les élections via une mobilisation de masse et une escalade des moyens de pressions sont des objectifs qui rompent avec un électoralisme conventionnel. À la lueur de la distinction entre pouvoir associatif et pouvoir structurel, cette forme de parti-mouvement ne semble pas pouvoir remplir sa promesse de construire un rapport de force suffisant afin de gagner des réformes d’envergure avant de prendre le pouvoir.